Compte rendu de la discussion du 30 septembre 2009 avec
Daniel Cueff, maire de Langouët
A l’heure où le concept de développement durable s’édulcore au point d’en rebuter ses premiers tenants, Daniel Cueff nous a apporté un plaisant rafraîchissement au milieu de la soupe bien-pensante actuelle, sa politique audacieuse apparaissant comme une bouffée d’espoir pour les adeptes du DD de Rennes et d’ailleurs.
Des réalisations concrètes et efficaces : un changement de cap pour la ville vers le DD
Aujourd’hui, à Langouët, pourtant l’une des communes les plus pauvres du département, on a l’opportunité d’habiter un écoquartier et les écoliers déjeunent bio tous les midis à la cantine. La politique originale de la municipalité devient même une référence en terme de DD.
C’est que Daniel Cueff est déterminé : avec son équipe, Langouët est passée en 2004 au 100% bio. Et il ne mâche pas ses mots. A contrepied des tendances actuelles, sa politique mise sur l’action.
Le premier projet mis en place, la cantine bio, n’a pourtant pas été facile au départ. Certains parents étaient même un peu méfiants, allant jusqu’à craindre un endoctrinement politique de leurs enfants.
Il a fallu aussi procéder en douceur pour modifier les habitudes du personnel, et encourager la cuisinière, en poste depuis de nombreuses années, à modifier un peu ses façons de faire.
Mais aujourd’hui c’est une belle réussite : la cantine est passée de 29 enfants à 84 enfants, et elle réalise même des économies.
Celles-ci sont réalisables parce que l’on est passé au tout bio, explique le maire : la mise en place d’un repas bio dans le mois, par exemple, revient très cher. A Langouët, la cantine est livrée en gros, et les réseaux sont rentabilisés. Les qualités nutritives de la nourriture bio ont aussi leur rôle : le pain est plus nourrissant, la viande, moins gorgée d’eau, réduit moins à la cuisson.
Une politique « concernative »
Ce virage écologique n’est pas le fruit d’une demande des citoyens, au départ un peu réticents. Pas de consultation préalable, donc. Cela aurait bloqué l’initiative, et ouvert la porte à l’immobilisme, nous explique Daniel Cueff. Une preuve que le volontarisme politique a été le moteur de l’innovation et a permis de re-dynamiser la commune.
L’idée, c’est de prouver par l’action que le changement est possible, que le développement durable n’est pas un leurre ni un luxe, et gagner ainsi le soutien des citoyens.
Ainsi pour lancer le bio à la cantine, plutôt que de tenter une consultation préalable qui aurait abouti au mieux à un fade compromis, la municipalité a été pragmatique. Elle a commencé par faire manger les enfants bio, avant de les mettre -eux, et leurs parents surtout- devant le fait accompli : Vivre sainement, ça n’est pas si mal…
Daniel Cueff se revendique d’une politique « implicative », voire « concernative », en contradiction avec la « tarte à la crème de la démocratie participative» .
Bien sûr, si l’initiative part du politique, elle nécessite rapidement la collaboration et les talents des citoyens pour sa concrétisation.
Des citoyens qui semblent bien lui donner leur aval, puisque toute son équipe est restée à la mairie depuis 2001. Daniel Cueff en vient tout de même à regretter l’absence d’opposition, dont il avait su apprécier les retours critiques.
La mise en place de lotissements écolos
Le logement est un autre moyen de sensibiliser les résidents à l’écologie en les mettant devant le fait accompli. Langouët compte un lotissement écolo, et un deuxième sur le feu. Et parce que l’écologie sans objectif social ne rime pas à grand chose, l’accessibilité du logement est le maître mot : moins de 100 euros de facture d’électricité par an, pour des maisons à 90% écologiques. Également disponibles en locatif, les logements sont à 150 000 € à l’achat, terrain compris.
Conçues sur le même modèle tout en se distinguant les uns des autres, les logements de 95m² sont agrandissables à terme. Ils dominent une vallée, ce qui donne une impression d’espace à l’intérieur : « l’espace vécu» compense ainsi « l’espace réel» , faisant de ces habitations de véritables « maisons à vivre» . Dans le premier lotissement, l’orientation bioclimatique a été optimisée, et les bâtiments sont en ossature bois, isolés avec de la ouate de cellulose ou du chanvre.
Pour la conception, un pôle d’artisans et d’architectes a été réuni. Il a été parfoit ardu d’ajouter des exigences écologiques à de la construction classique, tout en respectant des exigences de prix abordables. Ainsi les filtres à particules prévus pour les poêles à bois n’ont jamais vu le jour… Un souci technique qu’il est prévu de résoudre prochainement. Le deuxième lotissement, lui, sera livré clé en main, permettant ainsi quelques économies d’échelle.
Le maire garde la tête froide, conscient que ces petites avancées sont dérisoires comparées à ce qui se fait en Allemagne par exemple. Mais on ne peut pas non plus tout imposer d’un coup, l’important étant de laisser la confiance naître chez le citoyen. Quand les gens verront que ça marche, ils commenceront à prendre eux aussi le virage.
La prochaine étape : utiliser les matières premières locales, comme la paille, avec toujours le même souci, rester en marge des promoteurs voraces qui surfent sur la vague verte.
La constitution d’un réseau de communes vertes
Langouët n’est pas seule dans sa démarche, bien heureusement. D’autres communes rurales bretonnes sont aussi tournées vers l’écologie, et elles ont ensemble constitué un réseau solidaire, le BRUDED, Bretagne Rurale et Urbaine pour un Développement Durable. Créé en 2005, il regroupe 92 collectivités, toutes porteuses d’un projet de développement durable.
Cette association de communes vertes permet un soutien mutuel, basé sur le partage des expériences et des idées. Et Daniel Cueff n’en manque pas! Il pense déjà aux prochaines étapes, à l’école, par exemple, où un effort est nécessaire sur le type de colles et de peintures utilisées. Il regrette aussi que la région de Langouët soit dominée par une agriculture intensive, et aimerait réquisitionner des terrains pour les affecter au bio, et pourquoi pas établir des partenariats entre les exploitations et les lycées agricoles.
De belles initiatives, qui ne peuvent qu’entraîner d’autres communes dans ce sillage !
Jeanne & Carine




5 février 2010
7 commentaires sur "Compte-rendu Green Drinks Rennes #8 – Daniel Cueff"
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[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Michèle Turbin. Michèle Turbin a dit: RT @bcatherine: Compte-rendu du Green Drinks #Rennes avec Daniel Cueff sur ddarennes.fr http://bit.ly/FZFID [...]
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[...] This post was Twitted by jeremydumont [...]
Beau résumé de cette soirée.
Complet, clair et précis.
Merci pour cet article, en espérant en avoir d’autres de votre part.
Florent.
[...] du 30 septembre 2009 avec Daniel Cueff, maire de Langouët au dernier Green Drinks de Rennes sur DD à Rennes : “A l’heure où le concept de développement durable s’édulcore au point d’en rebuter [...]
bon compte-rendu, merci Jeanne et Carine
quelques photos supplémentaires et liens sur le GreenDrinks Rennes #8 ici :
http://archiverte.canalblog.com/archives/2009/10/01/15276446.html
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